samedi 2 octobre 2010

Pourquoi Diaconia 2013 ?

Mgr Housset
Photo : Service com, diocèse 17.

Ce titre, qui commence à être connu, définit une initiative nationale que notre démarche diocésaine prend à son compte dans l’un de ses chantiers.

Une histoire vraie en donne la signification profonde. Elle s’est déroulée dans le diocèse de Limoges, lors d’une visite pastorale de l’évêque. Il rencontre les jeunes d’un CAT (Centre d’Aide par le Travail) et leurs éducateurs. Deux d’entre eux lui disent qu’ils sont catholiques et qu’ils vont à la messe.
Le soir, l’évêque en parle durant la réunion du conseil pastoral. Des paroissiens confirment : « Oui, ils viennent de temps en temps, nous les voyons au fond de l’église. »
L’évêque invite le conseil pastoral à proposer des responsabilités à ces jeunes dans le déroulement de la liturgie dominicale. Un ou deux ans plus tard, l’évêque, qui ne les a pas oubliés, demande de leurs nouvelles. On lui répond : « Ils sont désormais au premier rang, avec d’autres jeunes. Depuis qu’ils sont là, la messe n’est plus pareille. »
Ces personnes en situation de fragilité, placées au cœur de la célébration eucharistique, avaient transformé celle-ci. Telle est l’ambition de Diaconia 2013.

Diaconia

Ce terme grec, utilisé 101 fois dans le Nouveau Testament et qui est à l’origine du mot "diacre", est de plus en plus utilisé dans l’Eglise par sa traduction française directe. Vivre la diaconie, c’est vivre les relations avec Dieu et avec les autres comme le Christ, c’est-à-dire de la même manière que Lui et grâce à Lui. On peut penser à « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12), c’est-à-dire du même amour dont je vous aime.

Cette diaconie, remise en valeur par le théologien protestant Karl Barth, résume l’une des trois tâches de la mission de l’Eglise, comme notre pape nous l’a rappelé dans sa première encyclique :

Témoigner du Christ (martyria)
Célébrer le Christ (leitourgia)
Servir les autres au nom du Christ (diaconia)

La diaconie, il importe de le préciser, ne se réduit pas à un service simplement humanitaire, social, même si celui-ci est indispensable. Elle cherche à développer entre humains leur fraternité. Car celle-ci est un don de Dieu. Et, comme tout don de Dieu, elle est une tâche à accomplir en recevant la charité inépuisable de la Trinité. Car les pauvres sont nombreux.

La pauvreté en France et dans le monde

La proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine, soit avec moins de 950 € par mois, est restée globalement stable en 2008 : 7,836 millions de personnes (soit 13 % de la population) contre 8,035 millions en 2007 (journal Sud-Ouest en date du 28 septembre 2010).
Combien de ces personnes sont rencontrées et accompagnées dans nos paroisses et nos organismes diocésains de solidarité ? Cette question mérite d’être posée.

Il est significatif de comparer ces chiffres avec un sondage de la Croix du 2 juillet 2010 sur "Le bonheur des Français". A une écrasante majorité (96 %), ils se reconnaissent heureux au quotidien dans leur vie individuelle. C’est un peu surprenant. Mais ils paraissent ne plus croire en leur avenir collectif et sont inquiets pour notre société.

Ce constat rejoint l’appréciation du médiateur de la République dans son rapport de février 2010 où il parlait d’une « France fatiguée psychiquement ». Il est vrai que les diagnostics sur le malaise français ne sont pas récents.

La lutte contre la pauvreté ne passe-t-elle pas précisément par la reconstruction d’un vivre ensemble, d’une espérance collective, de la confiance en un projet collectif qui permettrait à chacun de se reconnaitre davantage solidaire des autres ? Sans aucun doute, nous essayons d’y contribuer, l’Evangile nous y appelle.

Quant à l’extrême pauvreté dans le monde, elle semble en diminution. Beaucoup d’enquêtes sont concordantes à ce sujet : 1,8 milliard de personnes vivaient en 1990 avec l’équivalent de moins de 1 euro par jour. On estime que ce nombre est descendu en 2005 à 1,4 milliard. Mais il faut préciser que ce résultat positif est dû en grande partie au développement économique de certains pays émergents : la Chine, l’Inde et le Brésil. Ou plus exactement d’une partie de leur population.

Il reste tant à faire pour le développement de la fraternité en France et dans le monde.

Objectifs de Diaconia 2013

D’où l’initiative prise par le Conseil national pour la solidarité en donnant les objectifs suivants à "Diaconia 2013, Servons la fraternité" :

Beaucoup de choses se font déjà pour le partage et le service de la fraternité par nos communautés catholiques : paroisses, mouvements, services, aumôneries, etc. Ces réalisations pourront être valorisées lorsque l’on prendra mieux conscience que l’accueil et la rencontre des personnes en situation de précarité ne sont pas seulement une conséquence morale, éthique de notre foi.
Elles en sont une dimension constitutive, elles sont la foi en acte, « la foi agissant par la charité »
(Gal 5,6). Car « si quelqu’un dit qu’il aime Dieu et qu’il n’aime pas son frère, c’est un menteur » (I Jn 4,20).

Le second objectif consiste à mettre vraiment au cœur de nos communautés cette fraternité et ce partage vécus dans la diaconie. Puisque celle-ci est essentielle à la mission de l’Eglise, les catholiques ne peuvent pas se contenter de la déléguer à quelques spécialistes, même si les spécialistes seront toujours nécessaires.

Que les personnes en situation de pauvreté soient davantage considérées par nos communautés et accueillies de manière plus conviviale. Qu’elles puissent non seulement recevoir mais aussi donner ce qu’elles ont à donner, pour se remettre debout et se prendre en charge.

Nous nous lançons dans une belle aventure. Puissions-nous répondre à ce que l’Esprit-Saint attend de nous et devenir davantage des pèlerins de la charité du Christ.

+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes

lundi 2 août 2010

Pourquoi une démarche diocésaine ?

Notre diocèse a été marqué par plusieurs réalisations communes d’envergure. Avec Mgr Favreau, ce fut « Chemins d’Avenir ». Mgr David lança « Au souffle de l’Esprit-Saint, cap sur l’an 2000 ». Le synode, à l’initiative de Mgr Pontier, continue de porter ses fruits, comme les escales synodales de 2008 en ont pris la mesure.

Ces derniers mois, peu à peu, a mûri le projet d’une nouvelle démarche diocésaine, dans plusieurs instances : conseil épiscopal, conseil presbytéral, conseil pastoral diocésain.

L’année 2010/2011 sera celle de sa préparation par tous ceux et celles qui voudront bien y adhérer dans les paroisses, doyennés, mouvements et services. Car chacun de ceux-ci pourra y trouver son compte en fonction de ses capacités et de ses compétences et répondre à l’appel du Seigneur formulé au baptême.

Contenu de cette démarche 

D’ailleurs, pas mal d’éléments de cette démarche ne sont pas nouveaux. Car ils concernent la mission durable de l’Eglise. Les éléments nouveaux s’inscrivent eux aussi dans cette mission que l’Eglise essaie d’assurer depuis la première Pentecôte. Il ne s’agit pas de réaliser des choses en plus, il s’agit de les mener ensemble, en commun, en Eglise diocésaine.

Car la communion est nécessaire pour que la mission soit fructueuse, même si elle n’est jamais facile. Chacun de nous a souvent tendance à s’installer à son compte, à devenir propriétaire de son ministère ou de sa charge ecclésiale, à se replier sur lui-même. Six chantiers constituent le contenu de cette démarche d’évangélisation. Ils s’inscrivent de manière équilibrée dans les trois axes de la mission :

Annoncer le Christ :

- Renouveler les pédagogies de la proposition de la foi dans le dynamisme d’Ecclesia 2007 (par exemple catéchèse intergénérationnelle, première annonce, etc.)
- Ré-évangéliser le sens de Noël.


Célébrer le Christ :

- Stimuler la préparation et la célébration du sacrement de Baptême comme un temps privilégié pour accéder au cœur de la foi.
- Idem pour le mariage.

Servir la société au nom du Christ :

- Partager des expériences de responsabilité éducative (initiative du conseil pastoral diocésain).
- Diaconia 2013 : servons la fraternité (initiative du conseil national pour la solidarité) pour que les personnes en situation de précarité ou de marginalité soient considérées par et dans nos communautés catholiques et de manière plus conviviale.
Des équipes préparent un dossier sur chacun des six chantiers. Disponibles dans quelques semaines, ils permettront aux paroisses, doyennés, mouvements et services de s’approprier la démarche et d’y contribuer. Quatre étapes baliseront l’itinéraire de chaque dossier :


- Argumentaire et convictions pastorales
- Présentation de quelques expériences déjà vécues dans le diocèse
- Invitation à faire le point : où en est notre communauté ?
- Comment faire un pas de plus, continuer la route et avancer ?


Après neuf mois de préparation, le lancement pourrait débuter officiellement le jeudi de l’Ascension.

Préparation spirituelle d’abord
Les chantiers ne feront pas progresser l’évangélisation s’ils ne sont pas réalisés par des personnes de plus en plus unies au Christ grâce à son Esprit-Saint et prenant appui en permanence sur la Parole de Dieu.

Des fiches sont en cours de réalisation par une équipe constituée, comme il convient, autour du service d’animation spirituelle. Elles seront articulées sur le thème de la semence (paraboles du semeur, du sénevé, du bon grain et de l’ivraie, du grain de blé qui meurt pour devenir un bel épi, etc.). Cette simple énumération montre la richesse de cette réalité évangélique et la multiplicité des partages possibles de la Parole de Dieu entre membres de communautés.

Celles-ci pourront s’y aventurer soit durant le Carême, soit durant le temps pascal, soit durant ces trois mois, à la convenance de chacune. Il pourra y avoir aussi un regard éclairé par les communautés chrétiennes des Actes des Apôtres qui sont et seront toujours des références pour la vie ecclésiale.

Cette méditation en équipes s’inspirera bien entendu de l’expérience des Maisons de l’Evangile menée par certaines paroisses et de celle des équipes synodales qui n’ont pas été oubliées.

Visée de cette démarche

Elle est claire :

- Que les catholiques, à commencer par nous-mêmes, se laissent davantage ensemencer par l’Evangile en accueillant mieux la personne du Christ Ressuscité.

- Que davantage de catholiques de Charente-Maritime se sentent responsables de proposer le Christ vivant, à partir de leur expérience chrétienne, à des personnes qui cherchent un sens à leur existence et un salut actuel :
Ceux et celles qui frappent à la porte de l’Eglise à l’occasion de fêtes religieuses ou de deuils familiaux,
Ceux et celles qui demandent des sacrements,
Ceux et celles qui sont désireux de découvrir la source et le sommet de leurs engagements de solidarité.
Sans oublier les membres de la famille proche et élargie et les amis ou connaissances.
Si nous, chrétiens, nous ne semons pas l’Evangile, personne ne le fera. Le Christ compte sur nous pour être mieux connu et manifester son salut à chaque personne.

Cette démarche se réfère à notre baptême. Car ce sacrement primordial de la vie chrétienne ne se contente pas de transformer la personne qui le reçoit en fils ou fille de Dieu. Il lui confie une mission, comme tout sacrement. Une lettre pastorale que je publierai pour l’Avent le rappellera.

Evidemment une telle démarche s’échelonnera sur plusieurs années. Car toute évangélisation ou re-évangélisation demande du temps. Dieu n’est pas pressé. Il ne faut pas se bousculer mais donner du temps au temps. Surtout quand il s’agit d’une réalité aussi importante et vitale que l’accueil en Eglise de l’Amour et de l’Estime de la Trinité.

Faisons nôtre le conseil de l’apôtre Paul : « A semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement. Chacun doit donner comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte ; car Dieu aime celui qui donne joyeusement... Dieu qui fournit la semence au semeur et le pain pour la nourriture, vous fournira la graine, il la multipliera, il donnera toujours plus de fruit à ce que vous accomplirez dans la justice » (II Cor 9, 6-10).

Que Dieu donne du fruit à notre démarche diocésaine ! Nous confions celle-ci à Marie en son Assomption.

+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes
15 aout 2010