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| Mgr Housset Photo : Service com, diocèse 17. |
Blaise Pascal, au moment de son agonie en 1662, selon la
biographie écrite par sa sœur, demande la communion eucharistique. On hésite à
cause de ses difficultés de déglutition. Il répond : « Faites entrer dans ma
chambre un pauvre de la rue. Ainsi, puisque je ne peux pas communier avec la
Tête, je pourrai communier avec un membre de son Corps ».
Cette réaction, qui révèle une foi de grande qualité, nous
situe au cœur de la démarche « Diaconia 2013 servons la fraternité ». La
diaconie, chacun commence à le savoir, consiste à servir les autres à la
manière du Christ. Elle constitue, avec l’accueil de la Parole de Dieu et la
célébration du Christ, l’un des trois axes de la mission de l’Eglise. Ces axes
peuvent être distingués mais non pas séparés. Les trois sont à réaliser
ensemble.
La première étape de Diaconia a donc permis de mieux vivre
les relations entre nos diaconies et la Parole de Dieu, en réalisant le livre
des fragilités et des merveilles.
Nous sommes appelés, en cette année 2012-2013, à rapprocher
nos diaconies de nos célébrations, en particulier de l’Eucharistie.
Il est à noter que les célébrations liturgiques sont
variées. Elles culminent à l’Eucharistie mais ne s’y réduisent pas. Pour
articuler davantage diaconie et célébration, nous avons à tenir compte de cette
diversité. Mais sans oublier qu’en toute liturgie, qu’elle soit sacramentelle
ou non, c’est toujours le Christ, Seigneur ressuscité, qui est célébré. C’est
Lui, agissant au cœur de nos réalités humaines, tant personnelles que générales,
qui est célébré au cœur de nos liturgies.
Une meilleure articulation entre diaconie et célébration
voudrait permettre à ceux et celles qui réalisent la démarche «Diaconia 2013
servons la fraternité » d’approfondir dans la foi au Christ le sens de leurs
diaconies et de la fraternité recherchée.
Approfondir le sens
de la diaconie
Beaucoup de pratiquants de l’Eucharistie, à l’heure
actuelle, ont conscience que la participation à la messe engage au partage et à
la solidarité. L’éducation pastorale de ces dernières décennies a développé la
conviction que le sacrement de l’autel aboutit, s’il est célébré selon le désir
du Christ, au sacrement du frère. Le Seigneur Jésus a bien dit, après le geste
symbolique du lavement des pieds : « C’est un exemple que je vous ai donné : ce
que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi » (Jean 13, 14-15).
Mais il faut reconnaitre que, si de nombreux chrétiens font
preuve de beaucoup de générosité et d’attention aux autres, ils n’ont pas
forcément conscience que leurs pratiques de solidarité ont un fondement de foi.
Ils en restent à un niveau moral, celui de leur comportement solidaire. Ils
n’en discernent pas la portée théologale, c’est-à-dire ils ne perçoivent pas
que leur relation à Dieu, leur foi, est concernée par leurs actions.
Entendons-nous bien : il est important de reconnaitre la
valeur humaine humanisante de tous ceux et celles qui agissent au service des
autres, dans des organismes confessionnels ou non, sans se référer à la foi
chrétienne.
La question se pose pour les personnes qui se reconnaissent
chrétiennes ou sont en recherche spirituelle. Comment faire découvrir à celles
qui ne le savent pas qu’en servant leurs frères et sœurs, c’est le Christ
lui-même qu’elles servent ? Il s’est en effet explicitement identifié aux
malades, aux affamés, aux prisonniers dans la fameuse parabole du Jugement
dernier : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui
sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mat 25,40). Ce sont des
paroles fortes, aussi précises que celles prononcées pour la transformation du
pain en son Corps : « Ceci est mon corps livré pour vous ».
Comment faire découvrir à ceux et celles qui ne le savent
pas que la source de leur générosité ne vient pas d’elles-mêmes mais de Dieu
dans sa profondeur, l’Amour qui unit le Père et le Fils dans l’Esprit ?
La démarche Diaconia peut permettre ainsi une maturation
dans la démarche de foi. Elle rejoint l’initiative de notre pape Benoit XVI en
proposant une année de la foi qui débutera le 11 octobre 2012. Sa lettre «
Porta fidei » articule, de manière étroite, l’annonce de la foi et le service
du frère. Par exemple « La foi sans la charité » ne porte pas de fruit et la
charité sans la foi serait un sentiment à la merci constante du doute » (n°14).
Il est à noter que le pape insiste, à plusieurs reprises,
sur la progression de la foi tout au long du chemin de la vie. Ainsi au n°1 : «
Traverser la porte de la foi implique de s’engager sur ce chemin qui dure toute
la vie » ou bien au n°6 : « Dans la mesure de sa libre disponibilité, les
pensées et les sentiments, la mentalité et le comportement de l’homme sont
lentement purifiés et transformés, sur un chemin jamais complètement terminé en
cette vie ».
Autant dire que la démarche « DIACONIA » ne va pas s’arrêter
au rassemblement national de mai 2013. Elle continuera sus une forme à définir.
Car l’approfondissement de son fondement de foi est inhérent à la vie même de
l’Eglise et à sa mission jusqu’à la fin des temps.
Que de progrès à réaliser encore dans cette dynamique de la
foi pour que des personnes, originaires de pays étrangers, trouvent leur place
dans nos assemblées dominicales ! Pour que les jeunes générations soient
davantage accueillies avec leur culture et leurs musiques propres ! Pour que
les personnes en situation de précarité puissent exprimer et partager leur
expérience caractéristique de Dieu ! Lors d’un colloque sur la diaconie à
l’Université catholique d’Angers, en mars 2012, j’ai été profondément touché
par la méditation du Chemin de Croix proposée par certaines d’entre elles.
Approfondir le sens
de la fraternité
Le rapprochement entre diaconie et célébration peut
permettre aussi d’approfondir le sens et les pratiques de la fraternité en
progressant dans une démarche de foi.
Chaque célébration concerne le Fils de Dieu devenu homme.
Elle met donc en valeur la filiation qui caractérise tout être humain.
L’humanité est constituée par des hommes et des femmes qui sont tous créés par
le même Dieu et appelés à devenir fils du même Père dans le Fils unique. Comme
l’affirme Saint Bernard, « le Fils s’est incarné pour devenir l’ainé d’une
multitude de frères ».
Toute célébration symbolise donc le fondement de la
fraternité. Elle permet de reconnaitre que nous sommes frères parce que nous
sommes d’abord fils. Certes, beaucoup contribuent à construire ou développer
des relations réelles de fraternité sans avoir conscience que celle-ci est
fondée sur la Paternité de Dieu. Mais la reconnaissance de cette filiation,
dans les célébrations, particulièrement l’Eucharistie, donne tout leur sens aux
actions et combats en faveur de la fraternité. Car celle-ci ne progresse pas,
au cours de l’aventure humaine, comme un long fleuve tranquille. Une fraternité
réellement universelle pourra-t-elle d’ailleurs exister si elle n’est pas
fondée sur la Paternité universelle de Dieu ?
Entre autres éléments qui contribuent à la fraternité, il
faut noter l’importance de la réconciliation et du pardon. Il ne peut pas y
avoir de vie humaine authentique sans pardon, lui qui re-construit l’avenir, là
où celui-ci ne semblait plus possible. La célébration eucharistique montre le
sens de la réconciliation. Le Christ, en effet, affirme dans le discours sur la
Montagne : « Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te
souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande,
devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5, 23-24). La diaconie du Seigneur passe
par la diaconie des humains, l’une ne peut pas exister sans l’autre.
Cette conviction de notre foi ne nous appelle-t-elle pas à
prendre plus au sérieux nos relations œcuméniques entre Eglises chrétiennes ?
Le scandale de nos divisions entre disciples du Christ n’aggrave-t-il pas les
désunions et les absences de fraternité entre groupes humains ? Savons-nous
entendre en ce domaine les appels à la conversion de l’Esprit d’unité ?
La participation à la célébration eucharistique permet
d’approfondir, d’une autre manière, le sens de la diaconie des frères.
L’appréciation de Blaise Pascal est en effet capitale. Elle exprime le cœur de
la foi chrétienne, depuis les origines. Paul, dans sa 1ère épitre aux
Corinthiens, écrite vers les années 50, leur reproche de célébrer le « repas du
Seigneur » sans se préoccuper des membres de leur assemblée, en laissant
s’installer des divisions parmi eux. Ils ne « discernent » pas la relation
étroite qui existe entre le corps eucharistique et le corps ecclésial qu’ils
forment (I Cor 11, 17-34). La foi de toujours nous affirme que nous ne pouvons-nous
unir valablement au Corps du Christ ressuscité que si nous sommes ou essayons
d’être en relations de communion avec nos frères dans le corps ecclésial. La
prière du Notre Père, qui reste le modèle de toute prière, en est
l’illustration parfaite.
La plupart des célébrations enfin sont publiques. Ce qui
n’est pas sans conséquence pratique pour la réalisation d’une vie sociale plus
fraternelle. Toute société en effet a besoin de rites et de symboles. Ceux-ci, qu’ils
soient ou non religieux, ont un rôle social. Par exemple en facilitant
l’intégration d’individus à un groupe ou à la société. Ainsi, la participation
à l’Eucharistie peut-elle symboliser l’accueil d’étrangers réalisé par la
communauté paroissiale et le développement de la fraternité entre personnes de
cultures différentes.
Le caractère public des célébrations chrétiennes contribue à
visibiliser de nombreuses formes de diaconie. Celles-ci seraient restées au
niveau d’une relation privée entre personnes sil elles n’étaient pas rendues
publiques et donc socialement reconnues. C’est toute notre société dans
l’ensemble de ses composantes qui est appelée à devenir fraternelle.
Et l’Eglise désire y contribuer de tout son cœur et de
toutes ses forces. La diaconie et la célébration de la fraternité ont de
l’avenir !
+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes
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