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| Mgr Housset Photo : Service com, diocèse 17. |
Pour la troisième année, des fiches de méditation évangélique sont proposées aux catholiques qui se sentent concernés par la démarche diocésaine. Celle-ci est fondée spirituellement, au sens fort de ce mot, sur les trois sacrements de l’initiation chrétienne. Après le baptême, voici donc un partage possible sur l’Eucharistie.
Bien entendu, en trois réunions, tous les aspects de cette
réalité centrale de notre foi ne pourront pas être abordés. Je me contente,
dans cette introduction, de rappeler le lien structurel qui existe entre
l’Eucharistie et le service des autres, la solidarité avec eux. Bref, la
fraternité.
La fraternité n’est pas spontanée
Le lavement des pieds met ce lien tout à fait en valeur.
Chacun le sait, l’Evangile selon saint Jean ne mentionne pas l’institution de
l’Eucharistie. Il est vrai qu’après la multiplication des pains, il l’a
longuement annoncée par le discours sur le pain de vie (6, 22-59).
Mais une telle absence est bien significative. Il ne peut
pas y avoir de rencontre du Christ pour accueillir son pain d’éternité s’il n’y
a pas rencontre des frères et partage avec eux.
Et quelle rencontre ! Prenons conscience en effet du
contexte dans lequel Jésus, lui, « le Seigneur et Maître », se met en position
de serviteur. L’un des disciples, Judas, va le trahir et Pierre, le premier
d’entre eux, va le renier par trois fois. Les autres vont l’abandonner. Sauf «
le disciple que Jésus aimait » et qui se tiendra, avec Marie, au pied de la
croix. Les quatre évangiles décrivent, sobrement mais réalistement, ces
annonces.
L’évangile selon saint Luc ajoute même, après la Cène, une
querelle des apôtres « sur celui d’entre eux qui leur semblait le plus grand »
(22, 24). Ce n’était vraiment pas le moment de se disputer sur des questions de
préséance. Pas plus que ce ne sera le moment de s’endormir durant la prière
d’agonie du Christ. Mais cette dispute fournit à Jésus l’occasion de rappeler
que « le plus grand est celui qui sert ». A son exemple et à sa suite.
D’autre part, le climat de la soirée est marqué par
l’angoisse de l’imminence de l’arrestation du Christ et de sa probable mise à
mort. La peur n’est jamais bonne conseillère. Elle fragilise toutes les
relations, elle les déconstruit.
C’est dans un tel contexte de débandade et de décomposition
du groupe que Jésus invite les siens à développer et à étoffer entre eux des
relations de fraternité. Ne nous faisons pas d’illusions : dès le premier
groupe chrétien, la fraternité n’a pas été facile. Elle s’est heurtée à des
forces contraires. Ce n’est pas pour rien que le pain est rompu et le sang
versé. Les récits concernant les premières communautés chrétiennes en
témoignent aisément. La fraternité s’est heurtée en permanence aux jalousies,
aux rivalités, aux divisions, aux suspicions. Ne nous étonnons pas de la
lenteur avec laquelle nos communautés chrétiennes progressent en fraternité. La
diaconie que nous cherchons à réaliser ne va pas de soi. Ni chez les autres. Ni
en nous. Vivre les uns avec les autres et pour les autres n’est pas une
attitude spontanée. Se donner à l’autre pour recevoir de lui ce qu’il peut
apporter, cette manière de faire ne s’acquiert pas en un tour de main. Il nous
faut être vraiment unis au Christ pour commencer d’y parvenir.
Elle est pourtant possible, puisque le Christ a commencé de
la réaliser au lavement des pieds dans un contexte défavorable. L’Esprit qu’Il
nous communique agit dans le monde entier, celui d’aujourd’hui comme celui
d’hier et celui de demain. Notre avenir, c’est bien la fraternité humaine.
Chaque Eucharistie l’annonce et l’anticipe. Dans nos assemblées liturgiques,
sommes-nous réellement attentifs les uns aux autres ?
Quelques conditions pour la réalisation de la fraternité
La multiplication des pains nous montre que si Dieu vient
transformer nos existences et leur donner une plénitude que nous ne pourrions
pas acquérir par nos seules forces, il n’agit pas en nous sans notre
collaboration « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6,37). C’est à partir des
cinq pains et des deux poissons apportés par les apôtres que le Christ nourrit
la foule immense. C’est à partir de nos tentatives ou réalisations de
fraternité, même modestes, que le Christ construit le monde nouveau qui répond
au désir de son Père. Dieu ne fait rien en nous sans nous, Il nous invite sans
cesse à être responsables, à prendre nos responsabilités.
Avons-nous conscience que le Seigneur nous invite à ne pas
nous présenter à la messe les mains vides, mais à apporter ce que nous avons
essayé de réaliser dans le sens de la diaconie ?
Les pèlerins d’Emmaüs nous montrent aussi que, pour
participer à la réalisation d’un partage fraternel, le Christ nous invite à
relire notre vie à la lumière de la Parole de Dieu. C’est ainsi que, peu à peu,
nous prenons conscience que nous sommes les maillons d’une immense chaine qui
relie les humains à la Trinité. Ainsi, pourrons-nous accepter de croire que la
mort, la haine, la violence n’ont pas le dernier mot, malgré les apparences. Ce
sont le respect, la solidarité, la dignité de chacun qui finiront par
l’emporter, de même que le Ressuscité a triomphé de l’injustice qui l’a
condamné à mort.
Comme les disciples d’Emmaüs, c’est grâce à l’accueil de sa
Parole et au partage de son Pain consacré avec nos frères chrétiens que nous
pourrons reconnaître Sa présence spirituelle.
En acceptant de nous laisser peu à peu transformer par Lui,
jour après jour, comme sur la route d’Emmaüs, nous passons de la nostalgie à
l’espérance, de la rivalité à la fraternité.
Celle-ci progresse au fur et à mesure de notre participation
à la messe. Oui, l’Eucharistie construit notre fraternité.
O viens
Jésus
O viens, Jésus, ô viens, Emmanuel,
Nous dévoiler le monde fraternel
Où ton amour, plus fort que la mort,
Nous régénère au sein d’un même corps.
(Hymne de l’Avent)
+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes
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