jeudi 4 juillet 2013

Que l'Esprit Saint me conduise à entretenir cette ouverture (témoignage sur le rassemblement)

Pour commencer le rassemblement, nous avons été invités à un jeu de mains et de regards, qui disait d'emblée ce que Diaconia nous invitait à vivre : une conversion du regard, de la créativité dans la simplicité. Dans son discours inaugural, Mgr Housset a souligné que « les humiliés nous font découvrir l'humilité de Jésus qui est le cœur de son amour » ; il a souhaité que par ce rassemblement, « nos actions de solidarité et de fraternité soient davantage animées par la charité même de la Trinité ».

Le rassemblement avait été préparé avec un comité de personnes en situation de fragilité qui s'est intitulé « Place et parole des pauvres ». Ces personnes nous ont interpelés dans leurs interventions émouvantes : l'une disait : « Nous les pauvres, comme vous dites. »
Une personne relevait que Jésus dans l'Evangile rencontre toujours la personne dans son besoin et que trop souvent, on imagine ce dont les pauvres ont besoin. Elle racontait qu'on lui avait trouvé de quoi nourrir sa famille, parce-que ceux qui l'entouraient pensaient que c'était l'essentiel… « Est-ce qu'on est seulement des estomacs », demandait-elle ? « J'aurais eu besoin qu'on me donne la parole. » Une autre disait que sur une église, était tagué : « Ouvrez les portes, Dieu est à tous ! » « Est-ce que l'on pourrait rendre les gens utiles selon les dons du St Esprit, c'est Lui qui fait l'Eglise ? », demandait une autre personne.

Chaque jour, nous avons eu l'occasion de partager l'Evangile avec  des personnes en situation de fragilité, et de dialoguer, puisque nous vivions au quotidien en petites fraternités de 6 personnes de chaque diocèse, ce qui nous a valu de resserrer nos liens.

12 livres des fragilités et des merveilles ont été apportés en procession lors de la cérémonie d'ouverture, témoignages de proximité vécue au quotidien...

3 questions nous étaient proposées pour vivre ce rassemblement:
1) Qu'est-ce que je découvre de Toi Dieu au travers de la rencontre de l'autre ?
2) « Etre au service : ça change quoi pour moi ? Ça m'engage à quoi ? Quels appels j'entends à mettre mes pas dans ceux du Serviteur(le Christ) ? »
Le père Etienne Grieu (jésuite) en introduisant ces questions disait : « Il est important que cette question vienne après la précédente. On ne dit pas faire service, mais rendre service : le serviteur redonne ce qu'il a reçu. Il accueille et ne retient pas. Le chemin du serviteur est un chemin de conversion toujours à reprendre, car nous sommes toujours tentés par la prise de pouvoir, le découragement, les jugements hâtifs, les rêves de succès, l'activisme. »
3) « Une Eglise au service »: quelles images cette expression fait naître en moi ? Comment puis-je aider l'Eglise, les communautés chrétiennes que je connais à être, dans la société, davantage au service ?

Ces trois jours ont été selon l'expression de quelqu'un « un petit laboratoire de la fraternité » avec :
- Des spectacles (par exemple les Nez'vangiles, clowns itinérants se promenant dans le sanctuaire avec une animation sur le lavement des pieds),
- des animations spirituelles (aussi variées que : vivre un temps spirituel au travers de la danse, atelier de communication en famille, Chemin de Croix avec le Sappel)
- des animations culturelles et ludiques : je n'ai vu que l'œuvre collective symbolisant la fraternité, une grande sculpture de deux mains pour la cérémonie de clôture dur le podium.
- des partages d'expériences : migrants, ateliers d'insertion, les malentendants dans nos églises, partager la Parole dans les quartiers, échanges de lettres avec des prisonniers...
- des rencontres avec un témoin : j'avais envie d'écouter le père Gustavo Guttierez, théologien argentin de la libération, pour m'approcher à travers lui du pape François.

J'ai retenu :
- Il a resitué  la dynamique du concile, avant tout dans le défi de la modernité.
- Il a détaillé l'option préférentielle pour les pauvres, disant que le cœur de la théologie de la libération est l'annonce du salut et que ce n'est justement pas une option, la pauvreté étant une réalité complexe de personne considérée comme « insignifiante » au regard de son poids social.
- Il a insisté sur deux points clés : un temps on parlait de la pauvreté comme d'une fatalité, mais il faut rechercher les causes de la pauvreté, rejeter la condition inhumaine de la pauvreté et en même temps, nous sommes appelés à une pauvreté spirituelle, elle est l'essence de notre filiation puisque il s'agit d'avoir l'humilité de mettre nos vies dans les mains de Dieu... tenir ces deux pôles à la fois !
- Il a repris une phrase de Paul VI : « Le monde doit savoir qu'on est pas ici pour le conquérir, mais pour le servir. »
Et de conclure sur la théologie de la libération : pour moi, faire de la théologie, c'était écrire une lettre d'amour à mon Eglise, à mes frères ! L'amour est le même mais l'expression est différente. La mondialisation est un grand défi à l'annonce de la foi. La théologie est une réflexion de la pratique à la lumière de l'Evangile et nécessite une adaptation.

Le lendemain, j'ai participé à une rencontre sur le thème : « L'Eglise en milieu rural : quand le manque de moyens invite à la créativité dans le souffle de l'Esprit « rencontre animée par Mgr Turini, (en remplacement de Mgr Mousset, rappelé à un enterrement dans sa famille).
Ce qui a résonné en moi, c'est que plus on est pauvre, plus des liens se créent et que de l' « effondrement » (c'est le mot qu'il a employé) des communautés chrétiennes naissent des initiatives fraternelles évangéliques pour que la présence du Seigneur reste vivante dans les clochers.
En résumé, la pauvreté des moyens conduit à une plus grande proximité avec l'extérieur (le municipal, l'associatif) de l'Eglise, nous purifie, remet le Christ au centre, et nous conduit à l'amour fraternel.

Le vendredi, 41 forums étaient proposés, des lieux participatifs pour faire des propositions et en faire ressortir une idée commune, par exemple :
-  « Les communautés chrétiennes : des lieux de fraternité pour les personnes séparées divorcées remariées » ont proposé que le dimanche de la Miséricorde, tous les chrétiens vivent en communion avec eux le jeûne eucharistique.
- « Bien manger, bien vivre » : à partir d'une épicerie solidaire, une initiative de paroissien qui offre des légumes frais, puis un bout de jardin aux personnes en précarité... puis des jardiniers qui viennent apprendre leur savoir-faire , des grands-mères qui donnent des cours de cuisine… tout un maillage qui se tisse autour d'une initiative ;
- Pour ma part, j'ai participé à « catéchèse et diaconie » avec Bernard Vignera de Limoges et Luc Mellet où il a bien été redit que la catéchèse se déploie aujourd'hui à tous les âges de la vie. Une initiative m'a particulièrement interpellée : dans un lycée, les jeunes se sont vus proposer des services du pauvre sur des terrains divers (café le matin aux SDF avant le début des cours, visites le mercredi dans un hospice, aide aux devoirs le soir etc.) et cette diaconie a été la base du parcours de catéchèse : les fondateurs des familles spirituelles à l'origine des actions, les textes de la Bible et du magistère de l'Eglise, les temps liturgiques, avec en fond une phrase de Mère Térésa : « Nous sommes les missionnaires de la charité, pas des travailleurs sociaux. »

Le service national de la catéchèse a souligné trois préoccupations :
1) L'annonce de la foi passe nécessairement par le témoignage de vie, par le soin du prochain, c'est une composante essentielle de la nouvelle évangélisation.
2) Le service du frère est écoute / dialogue / accompagnement… pas de catéchèse qui ne recherche où se trouvent les questions vitales de nos contemporains.
3) Le service du frère fait grandir la communion, la fraternité. Sans renouveau de fraternité, il n'y a pas de catéchèse possible, car elle ne trouve pas de terreau nourrissant. C'est l'expérience d'être relevé qui révèle Jésus.
Sont remontés de nos échanges les mots : partir des besoins des gens, fraternité, décloisonnement des services, adaptation...

Les Eucharistie de l'Ascension et de clôture ont été au cœur du rassemblement. Juste avant la messe de l'Ascension, des malades ont reçu une onction d'huile, rappelant l'onction à Béthanie, parce-que disait le diacre, « la charité comme le parfum créée une ambiance de fête ». Il disait aussi : « Ce qui a le plus de prix, c'est le geste d'amour ; ce qui a le plus de valeur, c'est de croire que la mort et toutes les souffrances n'ont pas le dernier mot. »
Bien sûr elles ont été des temps exceptionnels, avec place aux fragiles : un aveugle a lu une lecture, des adultes trisomiques servaient les célébrants, les textes étaient accompagnés de gestes simples, des processions des offrandes liées aux prières universelles avec des cubes aux photos des grands témoins ou de scènes de fraternités... le Christ restant au centre dans un recueillement qui ne donnait rien de théâtral, mais rendait Jésus vivant et proche.
Le pape François a envoyé un message- (le 1er au peuple français )dont je retiens 2 phrases :
« Dans la Bible, la pauvreté est avant tout une qualité pour suivre le Christ. » Et «Notre contribution dans ce monde en crise est d'apporter un amour qui résiste au fatalisme ambiant parcequ’ animé par l'Espérance qui nous vient du Christ ressuscité. En s'associant avec les plus pauvres, il s'agit de redécouvrir des expériences prophétiques et pleines de sens. »
Je crois que c'est ce que nous avons vécu à Diaconia.

Le rassemblement était vraiment intergénérationnel ; les jeunes nombreux étaient basés à la cité St Pierre, avec des prises de paroles engagées sur le podium ; ils ont aussi initié un freeze mob, un temps d'immobilisation en silence pour manifester la force de la fraternité contre toute forme d'exclusion... pendant qu'une cantatrice depuis la grotte chantait un magnifique Ave Maria de Gounot. Ils ont aussi préparé le spectacle de la veillée de clôture, qui se poursuivait avec une fête, ou une Eucharistie à la grotte, ou une veillée préparée par la communauté de l'Arche avec lavement des pieds, sacrement de Réconciliation, et binômes d'accueil ; un service d'écoutants était disponible, reconnaissables par leurs foulards madras tout au long des 3 jours ; nous en faisions partie.

Je terminerai par 2 paroles de conclusion de « place et parole des pauvres » avant la prière de Diaconia :
- « Jésus a été transfiguré avant d'être défiguré et nous on a été défiguré pour être mieux transfigurés. »
- « Dieu est vrai ; tout l'Evangile est vrai, c'est les frères et sœurs qui me l'ont fait découvrir. » 3 mots pour terminer, disait la même personne : « J'ai besoin de toi – j'ai confiance en toi – alors, viens, qu'est-ce qu'on fait ensemble? »

Je rends grâce d'avoir été interpellée par une personne en précarité (amie) qui me demande régulièrement de s'engager dans l'Eglise... c'est elle et d'autres qui m'ont poussée à aller à ce rassemblement pour convertir mon cœur et chercher à avancer dans la fraternité évangélique avec les personnes eu périphérie ou en fragilité.
Magnificat pour ce que nous avons vécu ! Que l'Esprit Saint me conduise à entretenir cette ouverture à une place et parole des pauvres dans toutes les dimensions de ma vie.

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